Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 16:48

L’artiste posséde-t-il unesensibilité aiguë,profondément différente de celle du commun des hommes?Le fait de produire un objet intellectuel ou pictural,nécessite-t-il impérativement le recours à la sensibilité?Faudrait-il encore être sensible pour saisir et capter des choses d’ailleurs imperceptibles au commun?

Il demeure néanmoins vrai que l’artiste,âme par excellence réceptive,et tout homme qui travaille avec son intelligence,est foncièrement  nanti d’une faculté sensitive,non comparable aux autres facultés,une faculté à part,exceptionnelle,que l’on peut considérer  comme l’essence même de la faculté productrice chez le créateur..

Mais il n’en est pas moins vrai que la sensibilité à elle seule ne suffirait pas pour conférer des attributs exclusifs à l’artiste,car on pourrait être sensible sans qu’on ait la moindre aptitude à être artiste.

“Il va   de soi que si un grand artiste de l’émotion est nécessairement sensible,l’homme le plus sensible du monde n’est pas nécessairement un artiste.”

La sensibilité se cultive,s’affirme et se développe,comme n’importe quelle autre faculté psychique..Une sensibilité à l’état brut,n’affirme  pas les sentiments et resterait en conséquence stérile et improductive.

Toutefois,et sans vouloir être paradoxal,il est possible qu’un homme doué d’une sensibilité raffinée,pourrait avoir des goûts exceptionnels sur toutes les choses,sans  qu’il puisse être pris pour un artiste..Car la sensibilité,jointe au talent et au maniement habile des principes de l’art,constitueront les conditions réelles pour former un bon artiste,sans pour autant prétendre au génie d’un Titian,d’un Shakespeare ou d’un Goethe.

Marcel Proust est un écrivain sensible,intelligent,profondément fécond et intarissable,d’où l’on déduit cette différence radicale entre lui et la plupart de ses illustres contemporains,qui ne manquaient certes pas de génie,mais qui étaient en fait  de beaucoup moins sensibles que lui,dont les oeuvres sont marquées par le sceau de l’immortalité.

La sensibilité forme l’artiste,mais un artiste sans sensibilité serait un mauvais artiste,un artiste monotone,fade et même improductf.

Ceci dit,et si l’on veut aborder le problème dans son contexte le plus large,la sensibilité ,si elle venait à durer chez l’artiste pendant la création de l’oeuvre,tuerait en lui toute faculté productive,freinerait ce flux de pensées  et de sentiments  et par un paradoxe étrange,l’insensibilité,dans ce cas,  deviendrait pour lui fondamentale pour la poursuite de l’oeuvre.

Il est vrai cependant que la sensibilité est foncièrement inhérente à la nature de l’artiste,car chez lui,la sensibilité est psychiquement nécessaire,du moins pendant la gestation de ses pensées,mais cette sensibilité deviendrait fort périlleuse,si jamais elle tendait à s’extérioriser et à se perpétuer indéfiniment,car “un poéte n’a pas pour fonction de ressentir l’état poétique:ceci est une affaire privée.

Que l’on se représente un acteur quelconque  sur la scène,dans une tragédie de Corneille ou de Racine,cet acteur serait irrémédiablement perdu,s’il éprouvait le plus simple désir de vouloir s’épancher de façon naturelle ou même de ressentir les sentiments du personnage dont il campait le portrait.

Dès lors,la sensibilité est-sur le plan de la créativité-la condition sine qua none  pour former un auteur authentique,du type d’un Balzac  ou d’un Hugo,ou d’un Van Gogh ,mais elle a ses limites qu’il ne convient pas d’outrepasser,sans encourir de graves déconvenues.

 

Si la sensibilité est ainsi pour l’artiste un facteur primordial sans pour autant être d’une nécessité absolue,en particulier dans le temps de la composition de l ’oeuvre,pour ne pas dévier de la ligne directrice,antérieurement déterminée dans l’esprit du créateur.Mais l’inspiration,quel rôle assume-t-elle dans la réalisation de l’oeuvre?En vérité, l’inspiration,pour les uns,est un facteur fondamental dans la concption de l’idée initiale,pour d’autres,elle n’est rien d’autre qu’une manifestation  psychique que l’on peut situer au second plan des opérations intellectuelles à partir desquelles l’oeuvre s’échafaude et s’édifie graduellement.“Je ne songe pas à refuser à l’inspiration le rôle éminent qui lui est dévolu..Je prétend seulement qu’elle n’est aucunement la condition première de l’acte créateur,mais une manifestation secondaire dans l’ordre du temps. ”Cet argument de Strawinski est plus que révélateur,car il dénote,à l’insu peut-être du célèbre compositeur,une certaine vérité,qui,incontestablement,hante tous les esprits de tous les temps.

L’inspiration donc est un acte aléatoire et si elle facilite en quelque sorte l’émergence de l’idée à développer,elle n’en est pas moins un acte sans grande importance ,dont on peut aisément se passer sans porter préjudice à la réalisation de l’oeuvre.

L’inspiration est un phénomène dû en réalité au hasard,n’ayant aucun fondement métaphysique adéquat..Mais que,pour justifier en quelque sorte l’éclosion d’une image ou d’une idée quelconque survenue d’une manière tout à fait inattendue,on est réduit à lui donner des attributs divins.

Milton,en écrivant le fameux poéme « Le Paradis Perdu »n’a pas été éclairé par l’inspiration qui eût pu lui suggérer seulement le sujet,mais c'étaient des dons intellectuels exceptionnels,une vaste expérience du monde et des choses,qui lui avaient permis de réaliser son chef-d’oeuvre..

Coysevox modelant délicatement la statue de louis XIV en emprereur romain ou encore Chardon mettant soigneusement les dernières touches à son prestigieux tableau « la Bénédicité »,dans tout cela,quel rôle l’inspiration a-t-elle joué?Elle a peut -être contribué à la mise en place de l’idée préalable,un élément d’ailleurs purement théorique et abstrait,mais elle n’a jamais construit l’oeuvre en tant qu’objet esthétique et matériel,sagement fignolé,embelli avec sollicitude,affiné avec talent et que l’on est  par dessus tout tenté de prendre pour une grande merveille d’art et de génie.

L’étincelle de l’inspiration s’éteint pour permettre à l’émotion et au désir occulte de poursuivre l’échafaudage de l’oeuvre;

Plus l’émotion est grande,vive et crispée,plus l’oeuvre s’achemine vers sa réalisation progressive,puisque“de l’émotion sort non pas l’obscurité,mais une lucidité mystérieuse

L’émotion n’offusque pas le prestige de l’art,au contraire,elle ranime davantage le désir de produire l’oeuvre selon une logique rigoureuse..Car l’intelligence ne fonctionne pleinement que sous l’impulsion du désir,c’est l’émotion qui provoque le désir,lequel,à son tour,met en branle les mécanismes psychiques de l’intelligence.

Que l’on songe à Balzac,assis nonchalamment à sa table de travail,écarquillant des yeux éblouis,que l’émotion et le désir dominent,pendant qu’il écrit le « Père Goriot »!

Par contre,Flaubert écrivant patiemment Mme Bovary ou Salammbo,pouvait se trouver dans un état parfaitement différent.

En ce sens que Balzac écrivait sous l’impulsion du moment,ayant déjà en tête les portraits caractéristiques de ses personnages,qu’il faisait évoluer lentement dans un cadre spécial déterminé,sans chercher nullement à approfondir le contexte romanesque de son oeuvre,alors que Flaubert,n’ayant en vue que la forme esthétique de son oeuvre,ne pensait qu’à affiner méthodiquement,ciseler et limer patiemment son produit,quitte à le rendre monotone  et même trivial pour le lecteur ordinaire..

Mais pour le créateur,qu’il soit un Balzac ou un Flaubert,l’amour qu’il voue pour son oeuvre n’a pas d’égal,puisqu’elle incarne ses efforts,ses soucis,le fruit de ses multiples sacrifices.

Pour lui,je veux dire pour tout créateur,l’oeuvre représente le point final de tout un voyage difficile et pénible à travers  l’espace et le temps,c’est le miroir de son âme reflétant ses peines et ses douleurs,ses longs combats avec les mots,constamment tiraillé entre le choix judicieux des mots et le souci de la perfection artistique.

L’oeuvre est donc l’objet idéal,l'incarnation de l’âme de l’écrivain.“De même qu’un musicien aime la musique  et non les rossignols,le poéte le vers et non les couchers de soleil,un peintre n’est pas d’abord un homme qui aime les figures et les paysages:c’est d’abord un homme qui aime les tableaux.

Si le grand portraitiste Quentin de la Tour s’enthousiasme et s’exalte devant le portrait qu’il venait habilement d’esquisser,c’est parce qu’il se sentait profondément ému,non pas devant les traits en apparence réels de ce visage,mais il exprimait sa béatitude,son amour et son attachement  au portrait  en tant que fruit de ses efforts et à rendre gràce à son propre talent,dont il se glorifiait..

Chaque créateur cristallise son amour,sa passion,dans l’objet de sa création,car pour lui,l’oeuvre c’est la raison évidente,la cause réelle de son existence et de sa présence dans cet univers..

De même que la femme enfante dans la douleur,une douleur non démunie pourtant d’une certaine joie métaphysique,une satisfaction occulte qui s’estompe  dans l’arrière-fond du subconscient,de même  l’écrivain crée dans un climat d’intense agonie,tempérée en quelque sorte par la perspective du bonheur de la réussite et de la gloire.

“Le fait même d’écrire mon oeuvre,de mettre,comme on dit,la main à la pâte,est inséparable pour moi du plaisir de la création;en ce qui me concerne,je ne puis séparer l’effort spirituel de  l’effort psychologique et de l’effort physique,ils se présentent à moi sur le même plan et ne connaissent pas de hiérarchie.”

Plaisir et effort,deux concepts essentiels  liés l’un à l’autre et inséparables pour le créateur qui voit en eux,toute la source de sa vigueur et de son  énergie.Dans tout déploiement d’effort intellectuel,l’artiste,qu’il soit écrivain,peintre ou sculpteur,perçoit une sensation de plaisir  et de soulagement suprême,une délectation onctueuse et douce,qui s’infiltre dans les replis profonds de son âme.

Il est pénétré d’une sorte d’ivresse,de griserie infinie.

Toute oeuvre,de quelque nature qu’elle soit,est le fruit d’une méditation,d’un travail assidu et d’un effort inlassable de reviviscence,c’est en un mot  un objet qui a dû subir,grâce au talent et à l’intuition de l’artiste,une métamorphose radicale,afin de la rendre plus proche du moins de la forme idéale que l’artiste lui-même lui avait fixée dès le début du travail. “s’il advient que l’artiste fixe un instant privilégié,il ne le fixe pas parce qu’il le reproduit,mais parce qu’il le métamorphose.

Peindre la nature telle qu’elle se présente à nos yeux,cela ne signifie nullement création ou découverte,cela signifie en vérité une imitation pure et simple et l’imitation,comme chacun sait,est loin de requérir du génie..L’art du créateur réside donc dans sa technique,dans sa méthode de travail et encore dans son habileté à atteindre le beau et le sublime:c’est là en effet l’objectif éminent de tout artiste authentique.

Watteau,dans son remarquable tableau intitulé « le menuet » n’a pas seulement fait preuve d’un réalisme cru ,mais il est allé trop loin dans la réalisation,il a développé et paré la scène d’un goût exceptionnel,d'une espèce d’enchantement  et de magnétisme,au point qu’on y regardant,on a l’impression d’être ému jusqu’au fond des entrailles.

On est fasciné,ensorcelé,attiré malgré nous vers cette création grandiose.

Watteau a le don de nous communiquer cette vitalité,cette lumière radieuse et galvanisante,en un mot,une certaine sensibilité indéfinissable.

C’est là encore la preuve la plus évidente d’un génie incontestable.

Hamlet,comme n’importe quel autre chef-d’oeuvre de Shakespeare,est destiné,dès le premier mot,à émouvoir et à troubler tous les sentiments qui animent la nature humaine.

Shakespeare,en produisant ses piéces,ne les a pas puisées dans la réalité crue...Sa sensibilité, fine et délicate,lui a permis d’explorer au-delà des apparences,et de faire jaillir l’étincelle qui a illuminé son oeuvre divine:il l’a empreinte du sceau de son talent inépuisable et de sa capacité intellectuelle immense.

C’est là encore ce qui fait la grandeur et le prestige éternel du dramaturge anglais..!

Il en est de même pour Corneille,Racine ou encore Molière,dont les piéces,loin d’être un simple reflet d’une société particulière,se sont avérées en effet autant de miroirs véridiques de toute humanité,dans son évolution,dans son éclatement et dans sa métamorphose  continuelle.

Le créateur ne crée rien s’il n’est pas poussé,soit par un désir occulte,soit par une nécessité impérieuse..Le désir de produire lui vient à l’improviste,à la suite d’un contretemps imprévu,ou d’une idée qui traverse  de manière inattendue son esprit.

Ainsi Strawinski,musicien de génie et homme d’un goût très délicat,savait comment saisir au vol cette idée déjà évanescente:

“Toute création suppose à l’origine une sorte d’appétit qui fait naître l’avant-goût de la découverte.cet avant-goût de l’acte créateur accompagne l’intention d’une inconnue déjà possédée  mais non intelligible et qui ne sera définie que par l’effort d’une technique vigilante

Produire n’est pas une initiative prise à la légèr,c’est plutôt une disposition sérieuse,issue d’un désir réel de découvrir quelque chose d’inconnu et de faire prévaloir la volonté de l’homme dans sa marche en avant.

En tout cas,on ne produit pas pour le plaisir de produire,mais plutôt dans l’intérêt de l’humanité,qui est toujours dans la nécessité de se régénérer,de se retremper,de se purifier dans l’idéal du beau.

L’imagination suscite l’impact du désir de produire,aucun acte créateur ne peut se faire sans ce stimulant nécessaire  et aucune idée ne pourra jamais revêtir l’aspect d’une forme,sans cette impulsion que l’on éprouve du fond de notre être,en l’occurrence l’imagination éveillée au contact du désir contingent,d’oû jaillira l'oeuvre d’art dans son état de vision globale,en attendant de prendre corps et forme,selon le processus de la créativité.“l’oeuvre d’art est le résultat de la collaboration de l’imagination avec le désir

Le poéte habille

 

 

soigneusement cette idée fortuite,avec un attirail de mots divers,combinés ensemble et enchaînés les uns aux autres selon une logique rigoureuse,pour constituer ensuite la forme d’un poéme,comme l’a fait souligner encore P.Claudel “la poésie est l’effet d’un certain besoin de faire,de réaliser avec les mots l’idée qu’on a eue de quelque chose.

L’interprétation du désir par des mots adéquats ,rien que par des mots  ou par la manipulation du pinceau,sans quoi le désir resterait à l’état abstrait,mystérieux,au fond de l’inconscient,relevant seulement du phantasme occulte,sans être assimilé à sa forme réelle,à savoir sa réalisation sous la forme d’un objet digne d’être apprécié ou déprécié,en fonction de la construction formelle,qu’on lui attribue et dont on le matérialise,car interpréter une idée au moyen des mots  n’est pas chose aisée.“L’aptitude à faire,à rejoindre l’imagination au désir  par un ajustement de mots est un don de la nature.” et il n’est pas donné à tout le monde d’être favorisé par la nature.

La  construction  de l’idée par des mots s’achèvera donc dans un contexte approprié,psychologique et psychique,réalisé par le talent du créateur qui s’ingéniera à conférer à chaque mot son sens réel,..Dans le cadre de la peinture,la maîtrise  du système des lignes et des traits,demeure le principe dominant dans la pensée du peintre,tel Boucher dans sa « Pastorale »à travers laquelle ce peintre profond a fait preuve d’un génie incomparable,car ce tableau interprète excellemment l’idée que le peintre se faisait de son produit avant sa réalisation,où l’imagination s’allie avec bonheur au désir.

On est amené à dire en conséquence  que cette réalisation picturale procède  en quelque sorte du rêve,puisque entre la poésie et le rêve,il existe une analogie d’essence psychique,une  affinité foncière.“l’univers poétique présente de grandes analogies avec ce que nous pouvons supposer de l’univers des rêves.

Une oeuvre poétique ne s’échafaude  que sur les piliers du rêve et nul n’a le pouvoir de faire mouvoir ou de faire naître le rêve ,car c’est une représentation spontanée,symbolique et purement intellectuelle ,fuyante et fugace  et créer le rêve ,revient à vouloir pénétrer dans l’univers métaphysique,qui relève nécessairement du monde de l’impossible et du mystère.

En fait,le rêve s’affranchit des entraves qui le retiennent,lorsqu’un désir profond et tenace,étreint inexorablement le poéte ou le peintre et le pousse forcément à extérioriser la quintessence du rêve ,en l’interprétant par le biais des vers  ou des couleurs sous l’aspect d’un objet intellectuel,harmonieux  et visible à l'oeil et qui se repercute en retour dans l'esprit

.

 

 

Ainsi des éléments éparpillés,invisibles,incohérents ,absraits ,vaporeux et infiniment mystérieux,le créateur alchimiste produit quelque chose de visible,d’apparemment tangible,systématiquement coordonné,enfin quelque chose d’idéal et de divin..

Or la poésie lamartinienne,comme d’ailleurs celle d’A.de Musset ou même de V.Hugo,ne se baigne  pas seulement dans un climat de rêves éternels, d’effusions sentimentales  larmoyantes  ou de vagues délires sublimes,c’est une poésie bâtie  d’abord à partir des faits d’expérience,éclairés et soutenus par une rigueur intellectuelle, qu’elle soit faite sous forme de tableau ou d’un poéme,n’a pas été à l’origine d’une intervention fortuite de l’intelligence,dont l’action par ailleurs,intransigeante et sévère,polit et cisèle l’oeuvre finale.“Ce n’est pas l’intelligence qui fait,c’est l’intelligence qui nous regarde faire.

L’intelligence redresse,corrige,remanie inlassablement et oriente l’oeuvre vers la perfection idéale...Sans elle il n’y aurait à coup sûr que désordre et anarchie et toute réalisation  s’avérerait dans ce cas impossible.

Que l’on se figure Nicolas Poussin  ébauchant indifféremment son tableau « Les bergers d’Arcadie »où  le rêve,joint à un réalisme délicat,grâce à l’action de l’intelligence,invite à l’admiration et à l’émerveillement..Poussin n’eût évidemment pas cette force exceptionnelle ,ce pouvoir inébranlable,de réaliser une oeuvre aussi extraordinaire,s’il n’eût été secondé  intuitivement par le secours d’une intelligence  clairvoyante.

Ainsi le rêve,le désir,l’intelligence,alliés à une sensibilité délicate et profonde,concourent à l’épanouissementr de l’âme de l’artiste et lui confèrent en dernier ressort les attributs de divin,crée en lui un univers autre que celui où il vit,qu’il explore hardiment pour l’étaler finalement tout nu devant nos yeux  éblouis.

Mais au-delà de tout cela,il existe une faculté que l’on considère comme  le moteur de l’acte de production,une faculté raisonnante qui assure l’équilibre entre les éléments de pensée et contrôle rigoureusement toute déviation éventuelle  dans la structuration matérielle de l’image..Plus que l’intelligence,ou l’expérience,cette faculté assume un rôle principal dans l’acte créateur,car c’est la faculté  à laquelle incombe la difficile mission de rendre “le produit intellectuel empreint de logique et profondément ancré dans la réalité concrète

C’est en fait une intuition métaphysique,mystérieuse et ne fonctionne que quand l’esprit est en pleine gestation..

“L’inspiration,art,artiste,autant de mots pour le moins fumeux qui nous empêchent de voir clair dans un domaine où tout est équilibre et calcul,où passe le souffle de l’esprit spéculatif.C’est ensuite,ensuite seulemment que naîtra ce trouble émotif qui est à la base de l’inspiration.

 Certes, c’est une stratégie innée,une tactique née dans le subconscient,alliées spontanément à la présence d’une capacité pratique rigoureuse,qui président automatiquement au fonctionnement du processus de découverte.

L’ordre dans la démarche,qui est cependant en évolution progressive,c’est une nécessité dynamique,secrète et foncièrement incrustée dans l’âme du créateur.

Autour de cette faculté,viennent se greffer les autres,qui sont en vérité dotées d’un rôle secondaire,se bornant généralement à nourrir,stimuler singulièrement le corps de l’idée,dont le développement,toujours en continuelle expansion,se fait au contact de la réalité..

Plus qu’aucun autre,Paul  Claudel,artiste d’une sensibilité extrêmement fine,avait éprouvé,tout au long de ses nocturnes élucubrations,

cet enchevêtrement systématique de toutes ses facultés créatrices,cette coopération mutuelle,constante,qui visait particulirement à la concrétisation de l’idée.

“Toutes les facultés sont à l’état suprême de vigilance et d’attention, chacune prête à fournir ce qu’elle peut  et ce qu’il faut,la mémoire,l’expérience,la fantaisie,la patience,le courage intrépide et parfois héroïque,le goût qui juge  aussitôt de ce qui est contraire ou non à notre intention encore obscure,l’intelligence surtout qui regarde,évalue,consulte,réprime,stimule,sépare condamne,assemble,répartit et répand partout l’ordre et la lumière et la proportion.

On sent dès lors qu’il y a une espèce de cohésion,de solidarité profonde entre le différentes  facultés psychiques..cette affinité contribuera davantage à donner plus de sens à l’objet réalisé,en lui conférant les garanties de la consistance et du prestige.

 

La foule est généralement insensible...Elle n’est pas perméable aux sensations de la vie et à la beauté,son comportement est anarchique et désordonné et n’agit que par instinct..D’autre part,entre le public et la foule,la différence est grande,car si la foule est un ramassis de gens hétéroclites,ayant à peu près un rapport immédiat de ressemblance,souvent incultes et déterminés,le public par contre est un groupe de gens,ayant presque le même goût et la même inclination,le plus souvent doué de sens et de sensibilité,cultivé et amateur d’art sous toutes ses formes..

Le public aspire au sensationnel,au dramatique,mais aussi ne s’empêche pas de goûter à la bouffonnerie et à la farce,qui le ferait émouvoir ou pleurer de rire,à la suite d’un événement rocambolesque ou joyeux.

Une poésie lugubre,une piéce de théâtre qui relate des faits tristes ou désopilants,un roman dramatique,plein d’aventures exaltantes,tout cela trouverait auprès du public l’agrément et le soutien tant souhaités par le créateur ou l’artiste.

 

Dans ce contexte précisément,Malraux,homme de culture et écrivain de talent,a su diagnostiquer le goût du public en  manifestant  à ce sujet un vif intérêt.

“Tout art qui atteint des masses est une expression de sentiments:attendrissement,tristesse ou gaieté,patriotisme,angoisse,amour,c’est pourquoi tels sommets de l’art religieux où l’art s’unit à la fois à l’amour,et à la conscience de la dépendance humaine ou à celle de sa libération,trouvèrent dès leur naissance une audience immense.”

D’un autre côté,le public ne semble pas être attiré par la poésie moderne réservée par ailleurs à une rare élite initiée à la méthode et à la technique des poétes..

le public voit dans cette poésie,dépourvue de sensibilité et même du sensationnel,une oeuvre non crédible,une oeuvre inutile et fade,ne véhiculant ni les sentiments humains ni les passions qui font mouvoir le monde.

Le Parnasse,le Symbolisme,ou encore le Surréalisme,pour ne citer que ces types de poésie,qui ont,malgré d’ardentes oppositions,frayé un chemin dans le monde contemporain,sont autant de prétextes à cogitations,à d’exploits d’exégèses et de subtilités spéculatives.Ce sont des réserves inépuisables qui ont fait et feront travailler tous les esprits du temps.

Un tableau de Picasso,tel que «  Les Trois Musiciens. » ou encore celui de Henri Matisse « La Blouse Romaine. »ne sont guère appréciés par le public,toujours friand des choses sensibles,clairement émouvantes,profondément humaines.Pour lui donc,de tels produits ne sont pas plus compréhensibles  que la poésie inepte d’un Mallarmé ou d’un Valéry et leur cortège de disciples.

“Sans doute y a t-il de l’ignorance dans la répulsion des masses devant l’art moderne,mais aussi de la colère contre ce qu’elles tiennent obscurément pour une trahison

 

Drmohamedsellam

Msellam83@yahoo.com

 

 

-C’est en particulier  dans le domaine de la musique que la sensibilité la plus fine et la plus délicxte apparaît avec plus de netteté:Voir à cet effet .Ch.Nef ½Histoire de la Musique. Edition  Payot 1927.

-A.Malraux « Les Voix du silence » p.40

-Consulter à ce sujet l’ouvrage de J.P.Richard. «Littérature et Sensation. » Ed.du Seuil 1954. 

-Pour de plus amples détails,voir l’ouvrage de J.P.Richard «proust et le monde sensible »Ed.du Seuil 1971 

-Cf.se reférer  à l’oeuvre de Pierre Machrey « Pour une théorie de la production littérairz. »Ed Maspéro 1966.

-P.Valéry « Mémoire d’un Poéme. »Ed  Gallimard.p92

-Voir à ce sujet « Le Paradoxe du Comédien. » de Diderot.

-Igor Strawinski « Poétique musicale » Ed Plon 1952

-C’est ce qu’affirme Platon dans sa République.Mais l’assersion PLATONICIENNE est très controversée par les esthètes modernes.

-Paul claudel « Sur l’inspiration poétique » in Positions et Propostions Gallimard 1928,ouvrage non réédité depuis cette date.

-Pour plus d’informations sur ce passage,consulter avec fruit les ouvrages de P.Benichou. et en particulier « le Sacre  de l’écrivain. » José Corti 1973.

-Pour mieux connaître la technique de production littéraire  et ses multiples aspects,se reférer  à l’ouvrage  de H.Meschonnic  « Pour la poétique » Gallimard 1970,de même que celui de Léo Spitzer « Etude de Style » Gallimard 1970. 

-Cf;Strawinski;OP.cité p.90

-Strawinski.Op.cité p89

-Consulter à ce sujet l’ouvrage de Marie Bonaparte « Sur Edgar Poe » Gallimard 1933

-André Malraux Préface à Sanctuaire  de W.Faulkner.Gallimard 1933 p94

-Pour plus de détails sur ce point,voir  Erich Auerbach « Mimésis,essai sur la représentation de la réalité dans la littérature occidentale. » Ed.Gallimard 1968

-Cf.Strawinski.Opus.cité p81

-Pour avoir une vision plus nette sur les mécanismes de la créativité chez les écrivains de génie,consulter l’ouvrage de Lucien Goldman « le Dieu caché » Ed Gallimard 1956;‎‎Il revient sur le même thème dans un  second  ouvrage intitulé « Pour une sociologie du roman  » Ed Gallimard 1964.C’est d’ailleurs dans ce dernier qu’il développe mieux la problématique qui nous intéresse.

-Paul Claudel Opus.cité p 40

-Ibidem p.82

-Paul Claudel Opsc.cité p.52

-Paul Valéry; «L’esth étique » in Variété IV Gallimard 1944. 

-CF Voir à cet effet  les ouvrages de Gaston Bachelard « L’eau et les Rêves »José Corti 1940 et « l’air et les songes » José Corti 1942.Bachelard avait souligné avec vigueur ,en particulier dans ces deux ouvrages , les spécificités du rêve en relation avec la créativité artistique.

-Paul Claudel Op.cité p.80

-Ce phénomène est traité avec plus de tact et de finesse par Gibert Durant,surtout dans son  oeuvre principale; «Les  structures anthropologiques de l’imaginaire. » Ed. Bordas 1960. 

-Cf.Strawinski.Opusc.cité p.85

-Paul Claudel.opusc.cité .p.60

-L’artiste,s’il n’est pas doué de talent,un talent instinctif ,ayant son origine dans le subconscient,c’est-à-dire né avec l’artiste et non pas un talent acquis par l’expérience,ne pourra jamais  construire une oeuvre  qui se singularise par la beauté  et par le génie.

-Consulter à ce propos l’oeuvre de Gilbert Durand « Le décor mythique de la Chartreuse de Parme » Ed José Corti 1961.L’auteur y soulignait,avec sa vigueur habituelle,les mécanismes des événements souvent irréels,mais qui nous donnent l’impression d’être réels.

-A.Malraux « Les Voix du Silence » Gallimard 1951 p.85

-Pour mieux être éclairé sur les caractéristiques de la poésie moderne,voir les oeuvres de J.P.Richard,en particulier « Poésie et Profondeur » Ed du Seuil 1958, ou bien «L’Univers imaginaire de Mallarmé"Ed du seuil 1964. 

 A.Malraux.Opusc.cité p.92almuqstansariyaphoto2

Partager cet article

Repost 0
Published by drmohamedsellam
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de sellam44.over-blog.com
  • Le blog de sellam44.over-blog.com
  • : Mon Blog est conçu pour être un pont de culture et d"échange d'idées et d'impressions..C'est aussi un miroir reflétant les graves injustices de ce monde..
  • Contact

Recherche

Liens